L’évaporation des compétences

Si tout le monde avait aujourd’hui bien compris qu’il fallait modifier en profondeur notre système de transmission des savoirs au sein des entreprises, la crise sanitaire actuelle est venue nous rappeler à la fois l’urgence et l’ambition que ces transformations devaient revêtir. La reconnaissance du numérique, l’action de formation en situation de travail, la relance de l’alternance, le choix des compétences et plus forcément des diplômes… tout ceci va effectivement dans le bon sens.

La séquence que nous vivons va toutefois bouleverser en profondeur certains de nos fondamentaux et nous inciter à davantage de volontarisme et d’imagination. 

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En premier lieu, par un troublant renversement, la relocalisation des industries « essentielles » va peut-être inciter les entreprises à choisir de délocaliser davantage les cols blancs que les cols bleus. Les ouvriers et la chaîne d’approvisionnement sur le territoire, mais les comptables, les auditeurs, les support RH ou le marketing en Asie…

La bataille des compétences et des savoirs va dès lors prendre un tout autre relief.

En second lieu, la crise sanitaire devenue économique sera d’autant plus lente à se résorber que nombre de compétences se seront évaporées ; par le biais des défaillances d’entreprises bien évidemment, mais aussi avec le retrait prématuré du monde du travail des 55-60 ans, incités ou forcés au départ ou, à l’inverse, avec le choix d’exercer ses compétences hors du salariat traditionnel, en mode « confinement light », pour des collaborateurs à forte expertise et de tout âge. Ces évolutions vont fragiliser la transmission des savoirs et l’efficacité des organisations traditionnelles.

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Et que dire de la fermeture des écoles publiques ou de la défaillance des écoles privées post bac, qui vont terriblement frapper les territoires ruraux, les Outre-Mers et encore plus le continent africain. Dans ces territoires, c’est tout un ensemble de citoyens qui va se retrouver rejeté à l’extérieur des systèmes apprenants… freinant durablement la croissance potentielle des Etats et des entreprises.

Cette menace est toutefois une opportunité pour les entreprises de s’approprier davantage les leviers de la transmission des savoirs et des compétences. Recruter dans les territoires, se doter de son propre dispositif de formation, former tout au long de la vie, devenir enfin une organisation apprenante… c’est un nouveau paradigme de la performance durable qui doit désormais s’imaginer.